Lundi 11 août 2008
Quand une idée est mauvaise, il faut l'abandonner.
Ce roman était mauvais. Je constate avec dépit que la moitié du plan consistait en du remplissage. Je constate que sur ce que j'ai écrit jusque là, seule la moitié à une valeur littéraire quelconque. Par conséquent, poubelle. On ne m'y reprendra plus. En plus, ça me faisait chier. J'ai perdu jusqu'à la moindre trace d'idéalisme, c'est à dire jusqu'à la moindre envie de faire de la littérature. Dorénavant, ce blog sera consacrée à des problèmes d'épistémologies chiants et à des commentaires relous sur la substance chez Spinoza. Ce qui signifie que vous pouvez oublier son existence. Bisous à tous.
par Alexis Piat publié dans : Ma life
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Vendredi 11 juillet 2008

L’exploitation capitaliste et la fabrication de hamburgers en temps limité m’ayant détourné de la mission civilisatrice qui est la mienne, c’est assez tardivement que je livre à votre sagacité le dernier volet des aventures de René Girard au pays des Bisounours. A l’issue de ses analyses, Girard rejette le marxisme comme une forme de l’idéalisme bourgeois. En effet, aux yeux des théoriciens marxistes, la vanité cessera avec le mode capitaliste de la production, en même temps que la plénitude de l’être sera enfin disponible pour tous. Le marxisme, comme toutes les mythologies révolutionnaires qui font suite à la mort de Dieu, se complait dans l’illusion romantique d’une transfiguration, qu’elle soit individuelle ou collective. Le vide qui envahit le maître suscite pourtant chez lui une forte propension à croire aux idéologies de « libération », qu’elles soient individuelles ou collectives. Mais la véritable libération individuelle ne peut procéder que d’un renoncement à la divinité, à toutes les formes de la divinité. Toutefois, lorsque se renoncement est comparatif, qu’il se vante d’avoir renoncé tandis que les autres n’ont pas renoncé, il n’est pas un véritable renoncement. Il jouit encore de la comparaison, c'est-à-dire de la volonté de dépasser l’autre qui procède du désir triangulaire. Renoncer véritablement, c’est aussi renoncer à toute comparaison.

par Alexis Piat publié dans : Philosophie/Sciences humaines
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Mardi 24 juin 2008

L’objet qui se laisse posséder se révèle sans valeur. Le sujet cherche alors l’obstacle, et il est bien rare qu’il ne parvienne pas à le trouver. Le masochiste est l’individu blasé, lassé d’une maîtrise qui ne porte pas ses fruits. Cette lassitude le conduit à désirer son propre échec. Seul cet échec peut le conduire à la révélation d’un médiateur invulnérable, qu’il pourra alors considérer comme une authentique divinité. Le médiateur est aimé en raison de sa force, et par conséquent du mal qu’il peut faire. Le seul objet dont le masochiste s’estime capable d’estimer la valeur, c’est lui-même (car d’autre part il a rencontré l’échec lors de ses précédentes estimations), et cette valeur est nulle (rejet ontologique de soi). Dés lors, celui qui sait déterminer sa valeur doit le traiter en conséquence. Le masochiste paye donc de sa douleur la divinité du médiateur. Le masochisme sexuel n’est qu’une reproduction du masochisme métaphysique : dans sa vie sexuelle, le masochiste subit ce qu’il imagine que lui ferait subir un médiateur authentiquement divin. Le sadique, lui, est celui qui tente de devenir ce médiateur divin.

par Alexis Piat publié dans : Philosophie/Sciences humaines
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Lundi 23 juin 2008

Si le désir de l’objet manifeste le désir inavoué de devenir l’autre, alors la valeur de l’objet est directement liée à la distance qui le sépare du médiateur. Il faut dés lors s’intéresser au lien entre le médiateur et l’objet. Dans Don Quichotte, ce lien est lointain, c’est un état d’esprit. A mesure de l’évolution romanesque, le héros de rapproche du médiateur en même temps que le médiateur se rapproche de l’objet. Le médiateur lointain diffuse une lumière sur tous les objets, tous peuvent être possédés sur le mode où il les posséderait. Mais c’est l’objet précis du désir du médiateur proche qui est voulu par le sujet, car c’est à cet objet précis que le sujet pense lié l’être du narrateur. Dans les deux cas, lorsque le sujet arrive à posséder l’objet, la transfiguration espérée n’a pas lieu. Cette déception prouve l’absurdité du désir triangulaire, mais le héros ne la voit pas. Si l’objet et le médiateur sont éloignés, cela ne change rien au prestige du médiateur, puisque l’objet importe peu. Mais si l’objet est proche du médiateur, le médiateur perd du même coup son prestige. Le sujet passe donc à une nouvelle attitude désirante et à une nouvelle forme d’être au monde, un nouveau moi, toujours aussi faux car imité sur un nouveau médiateur. Il passe ainsi de désir en désir et de moi en moi.

Le désir métaphysique est éminemment contagieux. Il n’y a pas de raison que le médiateur soit plus capable que le sujet de désirer spontanément. Il va donc copier la copie de son propre désir. Ce qui n’était peut être à l’origine qu’un simple caprice se transforme alors en passion violente : deux triangles identiques mais de direction opposée se superposent l’un à l’autre. Le sujet-médiateur affronte le médiateur-sujet. Plus la haine entre eux est intense, plus elle rapproche du rival, car tout ce qu’elle suggère à l’un elle le suggère également à l’autre, y compris le désir de se distinguer à tout prix. De double, la médiation peut devenir multiple, affecter la collectivité tout entière.

par Alexis Piat publié dans : Philosophie/Sciences humaines
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Vendredi 20 juin 2008

Mais pourquoi tout désir serait-il imité ? Pourquoi cette impossibilité à désirer spontanément ? D’après Girard, tous les héros de roman attendent de la possession une métamorphose radicale de leur être. L’objet n’est qu’un moyen d’atteindre le médiateur, ou plus exactement l’être de ce médiateur. Chez Proust, par exemple, ce désir se manifeste sous la forme d’un désir d’initiation. Ce désir d’atteindre l’être du médiateur, c'est-à-dire de devenir l’autre, ne peut signaler qu’une répugnance indicible à l’égard de soi-même. Le héros de roman se hait en effet, mais à un niveau plus fondamental que celui des qualités. Le héros de roman éprouve pour lui-même une haine métaphysique, qui naît d’une crise métaphysique : la mort de Dieu. En effet, si Dieu est mort, l’homme doit prendre sa place. Toutes les doctrines de la modernité le promettent, même si les voies qu’elles proposent pour y parvenir sont différentes. Or chacun se sent exclus de l’héritage de Dieu, tandis que les autres, vus de l’extérieur, on l’air de connaître cette plénitude, cette absence du doute. C’est ce qui permet à Girard d’écrire que Chacun se croît seul en enfer et c’est cela l’enfer. L’illusion est d’autant plus grossière qu’elle est générale. Le héros veut donc devenir le médiateur et jouir enfin du secret divin. D’où la haine. La négation de Dieu ne fait que transférer la transcendance de Dieu à l’autre. Il apparaît donc que rien n’est moins matérialiste que le désir triangulaire : c’est un désir éminemment métaphysique. C’est le monde des autres qui apparaît désormais comme un paradis inaccessible. Cette nature du désir permet d’expliquer la sociologie du roman : si le héros de roman appartient généralement aux classes supérieures de la société, c’est parce qu’il est nécessaire qu’on lui ait répété sans cesse qu’il devait être plus heureux que les autres pour que la révélation romanesque s’opère.

Le caractère métaphysique du désir triangulaire permet également d’expliquer son caractère essentiellement moderne. Nous avons vu que plus le médiateur se rapproche, plus le désir triangulaire s’aggrave et tend vers la haine. Or, à la suite de l’effondrement de l’ancien régime, la distance entre les hommes se trouve nécessairement réduite, et tend à se réduire de plus en plus. D’autre part, avant la mort de Dieu, il est normal de n’être pas Dieu. Dés lors le désir triangulaire est moderne aussi bien historiquement que métaphysiquement.
A suivre...

par Alexis Piat publié dans : Philosophie/Sciences humaines
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