Quand une idée est mauvaise, il faut l'abandonner.
Ce roman était mauvais. Je constate avec dépit que la moitié du plan consistait en du remplissage. Je constate que sur ce que j'ai écrit jusque là, seule la moitié à une valeur littéraire
quelconque. Par conséquent, poubelle. On ne m'y reprendra plus. En plus, ça me faisait chier. J'ai perdu jusqu'à la moindre trace d'idéalisme, c'est à dire jusqu'à la moindre envie de faire de la
littérature. Dorénavant, ce blog sera consacrée à des problèmes d'épistémologies chiants et à des commentaires relous sur la substance chez Spinoza. Ce qui signifie que vous pouvez oublier son
existence. Bisous à tous.
par Alexis Piat
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Ma life
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L’exploitation capitaliste et la fabrication de hamburgers en temps limité m’ayant détourné de la mission civilisatrice qui est la
mienne, c’est assez tardivement que je livre à votre sagacité le dernier volet des aventures de René Girard au pays des Bisounours. A l’issue de ses analyses, Girard rejette le marxisme comme une
forme de l’idéalisme bourgeois. En effet, aux yeux des théoriciens marxistes, la vanité cessera avec le mode capitaliste de la production, en même temps que la plénitude de l’être sera enfin
disponible pour tous. Le marxisme, comme toutes les mythologies révolutionnaires qui font suite à la mort de Dieu, se complait dans l’illusion romantique d’une transfiguration, qu’elle soit
individuelle ou collective. Le vide qui envahit le maître suscite pourtant chez lui une forte propension à croire aux idéologies de « libération », qu’elles soient individuelles ou
collectives. Mais la véritable libération individuelle ne peut procéder que d’un renoncement à la divinité, à toutes les formes de la divinité. Toutefois, lorsque se renoncement est comparatif,
qu’il se vante d’avoir renoncé tandis que les autres n’ont pas renoncé, il n’est pas un véritable renoncement. Il jouit encore de la comparaison, c'est-à-dire de la volonté de dépasser l’autre
qui procède du désir triangulaire. Renoncer véritablement, c’est aussi renoncer à toute comparaison.
L’objet qui se laisse posséder se révèle sans valeur. Le sujet cherche alors l’obstacle, et il est bien rare qu’il ne parvienne pas à
le trouver. Le masochiste est l’individu blasé, lassé d’une maîtrise qui ne porte pas ses fruits. Cette lassitude le conduit à désirer son propre échec. Seul cet échec peut le conduire à la
révélation d’un médiateur invulnérable, qu’il pourra alors considérer comme une authentique divinité. Le médiateur est aimé en raison de sa force, et par conséquent du mal qu’il peut faire. Le
seul objet dont le masochiste s’estime capable d’estimer la valeur, c’est lui-même (car d’autre part il a rencontré l’échec lors de ses précédentes estimations), et cette valeur est nulle (rejet
ontologique de soi). Dés lors, celui qui sait déterminer sa valeur doit le traiter en conséquence. Le masochiste paye donc de sa douleur la divinité du médiateur. Le masochisme sexuel n’est
qu’une reproduction du masochisme métaphysique : dans sa vie sexuelle, le masochiste subit ce qu’il imagine que lui ferait subir un médiateur authentiquement divin. Le sadique, lui, est
celui qui tente de devenir ce médiateur divin.
Si le désir de l’objet manifeste le désir inavoué de devenir l’autre, alors la valeur de l’objet est directement liée à la distance
qui le sépare du médiateur. Il faut dés lors s’intéresser au lien entre le médiateur et l’objet. Dans Don Quichotte, ce lien est lointain, c’est un
état d’esprit. A mesure de l’évolution romanesque, le héros de rapproche du médiateur en même temps que le médiateur se rapproche de l’objet. Le médiateur lointain diffuse une lumière sur tous
les objets, tous peuvent être possédés sur le mode où il les posséderait. Mais c’est l’objet précis du désir du médiateur proche qui est voulu par le sujet, car c’est à cet objet précis que le
sujet pense lié l’être du narrateur. Dans les deux cas, lorsque le sujet arrive à posséder l’objet, la transfiguration espérée n’a pas lieu. Cette déception prouve l’absurdité du désir
triangulaire, mais le héros ne la voit pas. Si l’objet et le médiateur sont éloignés, cela ne change rien au prestige du médiateur, puisque l’objet importe peu. Mais si l’objet est proche du
médiateur, le médiateur perd du même coup son prestige. Le sujet passe donc à une nouvelle attitude désirante et à une nouvelle forme d’être au monde, un nouveau moi, toujours aussi faux car
imité sur un nouveau médiateur. Il passe ainsi de désir en désir et de moi en moi.
Le désir métaphysique est éminemment contagieux. Il n’y a pas de raison que le médiateur soit plus capable que le sujet de désirer
spontanément. Il va donc copier la copie de son propre désir. Ce qui n’était peut être à l’origine qu’un simple caprice se transforme alors en passion violente : deux triangles identiques
mais de direction opposée se superposent l’un à l’autre. Le sujet-médiateur affronte le médiateur-sujet. Plus la haine entre eux est intense, plus elle rapproche du rival, car tout ce qu’elle
suggère à l’un elle le suggère également à l’autre, y compris le désir de se distinguer à tout prix. De double, la médiation peut devenir multiple, affecter la collectivité tout entière.
Mais pourquoi tout désir serait-il imité ? Pourquoi cette impossibilité à désirer spontanément ? D’après Girard, tous les héros de roman attendent de la possession une métamorphose radicale de leur être. L’objet n’est qu’un moyen d’atteindre le médiateur, ou plus
exactement l’être de ce médiateur. Chez Proust, par exemple, ce désir se manifeste sous la forme d’un désir d’initiation. Ce désir d’atteindre l’être du médiateur, c'est-à-dire de devenir
l’autre, ne peut signaler qu’une répugnance indicible à l’égard de soi-même. Le héros de roman se hait en effet, mais à un niveau plus fondamental que celui des qualités. Le héros de roman
éprouve pour lui-même une haine métaphysique, qui naît d’une crise métaphysique : la mort de Dieu. En effet, si Dieu est mort, l’homme doit prendre sa place. Toutes les doctrines de la
modernité le promettent, même si les voies qu’elles proposent pour y parvenir sont différentes. Or chacun se sent exclus de l’héritage de Dieu, tandis que les autres, vus de l’extérieur, on l’air
de connaître cette plénitude, cette absence du doute. C’est ce qui permet à Girard d’écrire que Chacun se croît seul en enfer et c’est cela l’enfer.
L’illusion est d’autant plus grossière qu’elle est générale. Le héros veut donc devenir le médiateur et jouir enfin du secret divin. D’où la haine. La négation de Dieu ne fait que transférer
la transcendance de Dieu à l’autre. Il apparaît donc que rien n’est moins matérialiste que le désir triangulaire : c’est un désir éminemment métaphysique. C’est le monde des autres qui
apparaît désormais comme un paradis inaccessible. Cette nature du désir permet d’expliquer la sociologie du roman : si le héros de roman appartient généralement aux classes supérieures de la
société, c’est parce qu’il est nécessaire qu’on lui ait répété sans cesse qu’il devait être plus heureux que les autres pour que la révélation romanesque s’opère.
Le caractère métaphysique du désir triangulaire permet également d’expliquer son caractère essentiellement moderne. Nous avons vu que
plus le médiateur se rapproche, plus le désir triangulaire s’aggrave et tend vers la haine. Or, à la suite de l’effondrement de l’ancien régime, la distance entre les hommes se trouve
nécessairement réduite, et tend à se réduire de plus en plus. D’autre part, avant la mort de Dieu, il est normal de n’être pas Dieu. Dés lors le désir triangulaire est moderne aussi bien
historiquement que métaphysiquement.
A suivre...