L’histoire est historique. C'est-à-dire qu’elle apparaît elle-même dans la temporalité, qu’elle est sans cesse changeante, et pas
uniquement dans le sens de l’ajout. L’histoire n’est pas un support éternel sur lequel viendraient se greffer peu à peu certains évènements, mais un discours sans cesse recréé, réactualisé. De
cela, il résulte que tout respect de l’histoire est vain. Les grands hommes de l’histoire ne sont grand que parce qu’ils ont été décrétés tels par leurs successeurs. Ne devant rien à ceux-là, je
ne dois rien à leurs maîtres. De même, toute aspiration à l’historicité individuelle, c'est-à-dire toute volonté individuelle de se dresser en figure historique d’une histoire quelconque, est
vaine. Vaine parce que fausse, car ce qui est désiré, c’est un objet qui n’existe pas. L’individu qui aspire à l’historicité est donc aliéné : en effet, son désir existe (qui penserait à
nier la vérité d’un désir ?), mais il se trompe d’objet. Car l’objet qu’il pense désirer est une fiction. Il lui incombe d’en prendre conscience pour s’en libérer. Car le désir aliéné reste
inassouvi, en dépit des efforts faits pour le satisfaire. Quand l’objet du désir n’est pas accessible, il convient de voir d’où part ce désir, sur quelles pulsions il s’est construites et comment
il a été cru possible. Alors l’émancipation devient possible, et l’histoire n’est plus source d’aliénation.