Qu’est-ce qui m’importe réellement à la lecture d’un texte philosophique, c'est-à-dire
en mettant de côté toute préoccupation sordide de type bassement scolaire ? La vérité. Soit, mais quelle vérité ? C’est quoi, la vérité ? Le seul domaine qui nous soit accessible
est celui de l’expérience. Il y a vérité tant que l’expérience n’est pas en contradiction avec elle-même. La pensée, dimension constitutive de l’expérience, qui se veut une image fidèle d’un
aspect précis de l’expérience, est donc vraie tant qu’elle n’est pas en contradiction avec elle-même ou avec l’expérience qu’elle prétend reproduire. En lisant un texte philosophique,
c'est-à-dire l’exposé d’une pensée, je ne puis le confronter qu’à mon expérience, qu’à mes propres pensées. L’expérience de l’auteur, raisonnée dans le texte, n’est pas mienne. Par les concepts
qu’il utilise, il désigne des objets de l’expérience que je connais. Quant à savoir s’il entend exactement la même chose que moi par l’emploi de ces
concepts, cela m’est impossible. Dés lors, ce que l’auteur a bien pu vouloir dire, cela ne m’intéresse pas, ou pas en premier lieu. Ce que je dois
voir, c’est dans quelle mesure les propos de l’auteur correspondent à mon expérience, dans quelle mesure ils me permettent d’y voir plus clair, d’en éliminer les contradictions. Si être
philosophe, c’est refuser la superstition et d’idolâtrie, alors peu importe, somme toute, Aristote, ou n’importe quel autre clampin. Ce qui, dans son œuvre, s’applique à mon réel, cela seul
compte.