L’objet qui se laisse posséder se révèle sans valeur. Le sujet cherche alors l’obstacle, et il est bien rare qu’il ne parvienne pas à
le trouver. Le masochiste est l’individu blasé, lassé d’une maîtrise qui ne porte pas ses fruits. Cette lassitude le conduit à désirer son propre échec. Seul cet échec peut le conduire à la
révélation d’un médiateur invulnérable, qu’il pourra alors considérer comme une authentique divinité. Le médiateur est aimé en raison de sa force, et par conséquent du mal qu’il peut faire. Le
seul objet dont le masochiste s’estime capable d’estimer la valeur, c’est lui-même (car d’autre part il a rencontré l’échec lors de ses précédentes estimations), et cette valeur est nulle (rejet
ontologique de soi). Dés lors, celui qui sait déterminer sa valeur doit le traiter en conséquence. Le masochiste paye donc de sa douleur la divinité du médiateur. Le masochisme sexuel n’est
qu’une reproduction du masochisme métaphysique : dans sa vie sexuelle, le masochiste subit ce qu’il imagine que lui ferait subir un médiateur authentiquement divin. Le sadique, lui, est
celui qui tente de devenir ce médiateur divin.