L’exploitation capitaliste et la fabrication de hamburgers en temps limité m’ayant détourné de la mission civilisatrice qui est la
mienne, c’est assez tardivement que je livre à votre sagacité le dernier volet des aventures de René Girard au pays des Bisounours. A l’issue de ses analyses, Girard rejette le marxisme comme une
forme de l’idéalisme bourgeois. En effet, aux yeux des théoriciens marxistes, la vanité cessera avec le mode capitaliste de la production, en même temps que la plénitude de l’être sera enfin
disponible pour tous. Le marxisme, comme toutes les mythologies révolutionnaires qui font suite à la mort de Dieu, se complait dans l’illusion romantique d’une transfiguration, qu’elle soit
individuelle ou collective. Le vide qui envahit le maître suscite pourtant chez lui une forte propension à croire aux idéologies de « libération », qu’elles soient individuelles ou
collectives. Mais la véritable libération individuelle ne peut procéder que d’un renoncement à la divinité, à toutes les formes de la divinité. Toutefois, lorsque se renoncement est comparatif,
qu’il se vante d’avoir renoncé tandis que les autres n’ont pas renoncé, il n’est pas un véritable renoncement. Il jouit encore de la comparaison, c'est-à-dire de la volonté de dépasser l’autre
qui procède du désir triangulaire. Renoncer véritablement, c’est aussi renoncer à toute comparaison.